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TOGO/ANALYSE: Ce pille ou face dans la politique du président Faure Gnassingbé

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Les élections au Togo sont souvent suivies de violences et d’exactions, même si on reconnait que celles de 2007, de 2010 et les dernières législatives de juillet 2013 n’ont pas été émaillées de violences. A l’approche de la présidentielle de cette année , vu les différentes positions des politiciens et de comment la tension monte dans le pays, il est important de faire revivre un peu ce qui s’est réllement passé au cours de la présidentielle de 2005, particulièrement à Atakpamé. Un témoin des faits de 2005 à Atakpamé raconte. Cette publication n’amène personne à se révolter, mais plutôt à voir l’ampleur de ce qui c’était passé et à prendre conscience pour que cela ne se reproduise plus au Togo, comme l’a si bien dit Faure Gnassingbé « Plus jamais ça au Togo »

Ces dernières 24h j’ai dû chercher un repère entre le blogueur et l’humaniste que je suis. S’il faille que je me mette dans la peau de ce blogueur objectif, il est patent que je prenne le risque de biaiser les lignes de ce billet en privant mes lecteurs de certains détails qui sont pour autant importants.

Par contre s’il faille que je mette une camisole d’humaniste, je prenais le risque de laisser submerger mes émotions, de laisser couler no limit cette humanité qui est en moi, de produire un billet fantasmagorique et donc subjectif.

La tentation était tellement forte que j’ai dû décider il y a 12h de ni le produire ni le publier. Tant parce que par faute de consensus entre ma raison et mes sentiments, ce billet me sortirait « manu epistolari » de la léthargie dans laquelle je plonge souvent ce blog.

Tant parce que je risquais de produire un billet de type cliché et militant alors même que je ne suis d’aucune coloration politique, pas encore. Je reviendrai une autre fois vous dire pourquoi.

Mais ce matin une voix s’est élevée en moi en me demandant : à quoi te servirait ta plume si elle ne parle plus ? Si elle ne dit plus les choses telles qu’elle la pense ? Les choses telles qu’elles doivent être et non telles qu’elles sont ? N’est-ce pas là une fuite en avant ? Un accouplement avec l’anarchie ? Voudrais-je du languide ?

Non, non et non… Hop ! J’ai pris ma plume et voilà !

Par un concourt de circonstance je me retrouvais hier mercredi 28 Janvier 2015 dans les locaux qui abritent le siège du C.A.C.I.T ( Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo ) sis à Hedzranawoé où s’est déroulée une conférence de presse co-organisée par les victimes, les parents des victimes et les responsable du CACIT sur le thème : 10 ans après les évènements de 2005. A quand la justice ? A quand la fin de l’impunité ?

Cette conférence a eu un double but :

- Interpeller le gouvernement Togolais pour exiger une justice aux victimes, aux parents des victimes et la fin de l’impunité toujours monnaie courante.

- Exhorter le gouvernement à tourner son regard vers les victimes dont les conditions physiques, morales et financières sont de plus en plus dégradantes ; Et d’une certaine façon atténuer les souvenirs douloureux de ces derniers à la veille de la commémoration des 10 ans du décès du feu président Gnassingbé Eyadéma.

Vous connaissez Eyadéma ? Oui ? Ok. Vous savez ce qui est arrivé après son décès ? Laissez-moi vous raconter ma version des évènements.

Un récit douloureux

En 2005 j’étais encore élève en classe de première A4 dans un des prestigieux lycée de la ville d’Atakpamé. J’étais naïf et comme tous ces ados de mon âge, j’avais des posters de Diam’s, Singuila, Allen Iverson placardé contre le mur de ma chambre. (Un merci à la revue mensuelle Planète jeune) J’aimais la musique, j’aimais la danse (n’en témoigne mes diverses prestations en tant que Westlife avec mes amis Lébénè, les frères Aboda, Eli… Etc.) J’aimais la culture, j’aimais le sport (basket principalement) j’aimais la natation. Bref j’aimais tout sauf la politique. Vous êtes étonnés ? Laissez-moi vous dire pourquoi.

Atakpamé était sous la main mise d’une classe dirigeante qui adhérait à deux idéaux d’un côté l’ancien parti R.P.T et de l’autre le parti U.F.C. Tout ce qui se faisait à Atakpamé avait deux colorations soit le blanc, soit le jaune. Et moi comme très peu de personne étions au juste milieu. Trêve de verbiage.

Je suis rentré un soir de l’école après une courte journée. D’habitude nous finissons les cours à 17h mais ce soir exceptionnellement le prof avait fini à 15h30. Je me suis changé et me suis rendu chez mon ami et frère Didier Okpodjou. (C’est l’un des deux meilleurs amis que j’avais dans mon quartier, Agbonou-kpotamé)

Pendant que je me délectais de ma bouillie de mil que j’avais entre temps acheté chez ma revendeuse préférée, que je me faisais plaisir à lentement et soigneusement boire, je vis une horde de camions militaire (trois en tout) qui faisait des allers-retours dans le quartier. Je me suis dit que c’était peut-être une patrouille pour dissuader ces petits malfrats qui se plaisaient à escalader les murs des voisins de nuit comme de jour.

C’est quand je suis arrivé chez Didier, que j’écoutai sur les ondes de la radio Lomé, l’ancien premier ministre Koffi Sama pleurnicher comme quoi le « baobab venait de tomber », que je compris toute suite l’urgence de la situation. A peine ai-je voulu demander d’après Didier que sa mère m’intima l’ordre de rentrer à la maison parce que l’ambiance dans le quartier commençait à être délétaire. Tout le monde se pressait de rentrer chez lui.

Tellement que la rivalité entre les deux forces politiques était flagrante que la psychose d’une guerre civile envahissait déjà les esprits.

Ce fut ensuite une kyrielle rapide d’évènements. La désignation en 24h, si j’emprunte l’expression de mon tonton Cyrille, du « Président fondateur, fils de Président fondateur le père, paix à son âme » en tant que député, président de l’assemblée nationale, président de la république par intérim pour finir le mandat de « Président fondateur le père, paix à son âme ».

Cette inique désignation a conduit à une première contestation, qui elle a conduit à des violences qui ont émaillé les quartiers comme Doulassamé, Djama, Hihéatro, Lom-nava, Nyekonakpoè, Midoudou, Agbonou-campement (fief d’un certain Major Kouloum), Sada, Agbonou-kpotamé.

Puis on en est arrivé à un semblant de régularisation de la situation par des élections présidentielles du 24 Avril 2005. La désignation de nouveau du « Président fondateur, fils de Président fondateur le père, paix à son âme » était la goutte d’eau de trop qui a débordé le vase.

Déjà ce dimanche soir, jour du scrutin, on pouvait observer une certaine détermination dans chaque camp d’en découdre si les résultats ne s’avéraient pas être ce qu’il pensait. C’est ainsi que les jeunes se sont mobilisés déjà vers 15h à Agbonou-kpotamé pour suivre le décompte des voix qui s’est fait à 18h avec torche et bougie allumées.

1h après, soit 19h on pouvait voir de loin des pneus brulés, des flammes et de la fumée, signe de ce que la tension montait. On avait appris d’une dame qui s’est réfugiée chez nous pendant l’émeute que le véhicule militaire qui transportait les urnes de la petite ville de Datcha à la préfecture d’Atakpamé, véhicule dans lequel elle se trouvait a été pris d’assaut par des individus armés de fusils artisanaux et de machette, a été brûlé avec le contenu. ( Urnes, chauffeurs, militaires, les observateurs des différents partis politiques )

C’est avec une désolation acérée, une banqueroute morale effilée, un anéantissement psychologique sans précédent que la population d’Atakpamé s’est réveillée le lendemain, Lundi 25 Avril 2005.

La consternation était sur tous les visages. On pouvait voir des corps décapités, des crânes cassés à coup de massue, des sandalettes de différentes couleurs, des gouttes de sang, des impacts de balles sur des maisons, etc. Ce qui a secoué moi et mon entourage, c’est le corps sans vie d’Akouètè retrouvé sous une baraque de cabine téléphonique, qui gisait de sang sur le sol, laissé à la merci des mouches, un ami avec qui nous jouions au football, un jeune de 16 ans très brillant à l’école, timide et fils unique de sa mère. Combien de larmes n’ont pas coulé ce matin ? Combien ?

Nous avions pleuré Akouètè, nous l’avions tellement pleuré que nous nous sommes décidés à faire le recoupement de comment il en arrivé là (jouer un peu à des agents de la C.I.A) Parce que selon la dernière information que nous a donné sa mère et son demi-frère (un fils à son père), il s’était enfermé dans sa chambre déjà à 18h30 quand les échauffourées ont commencé. Il n’était plus sorti depuis.

Il s’est donc avéré que quelqu’un qui échappait à certains individus est entré dans leur maison, s’est caché quelque part dans le noir. C’est dans l’intention de trouver ces derniers que les miliciens, armés par le sieur Kouloum et un certain libanais, M. Abou kérim, sont entrés de force dans la maison ont commencé à s’attaquer à tous les garçons qui avait un gabarit à terrasser Mike tyson. C’est ainsi que deux autres demi-frères d’Akouètè, plus chanceux que lui, s’en sont retrouvés avec des séquelles sur le dos, sur le visage et sur la poitrine.

Akouètè avait donc été frappé dans son sommeil, trainé de force par terre avec tout le sang qui giclait sur lui jusqu’à la devanture d’un de mes voisins, les LOMDO.

Il n’était pas le seul dans le cas. Je ne m’évertuerais pas à citer tous les défunts de cette nuit puisque j’en connaissais la plupart dans le quartier. Je peux juste vous dire que la tristesse était à son paroxysme ce matin-là et les jours qui ont suivi.

Un certain « Charles Taylor » membre influant de l’U.F.C s’est vu sa maison bombardé dans la nuit du mercredi 27 Avril au matin du Jeudi 28 Avril 2005 aux environs de 2h du matin. Nous avions entendu un premier bruit assourdissant puis une demi-heure après un autre bruit strident de même intensité. Ce n’est que le lendemain matin que nous avions pris conscience de ce que les militaires étaient passés faire le sale boulot dans le quartier. J’ai dans mes lointains souvenirs l’image de M. BATOMA, le corps sans vie retrouvé devant les toilettes, que les miliciens de l’U.F.C ont tué dans sa maison.

Tout s’apparentait à une sorte de règlement de compte toute la semaine du 25 Juillet. Les militants du R.P.T une fois la nuit tombée qui s’en prenaient à ceux de l’U.F.C et vice-versa. 5 jours après les élections et la proclamation des résultats désignant « Président fondateur, fils de Président fondateur le père, paix à son âme » vainqueur du scrutin, toute activité avait cessé à Agbonou-kpotamé, ce n’était plus un quartier mais un village dans le désert. C’était un silence de cimetière, un black-out sans précédent, un mutisme dans lequel on pouvait entendre tout petit sifflement à des kilomètres. On ne pouvait voir des signes de vie humaine qu’à des centaines de mètres parce que la plupart avaient pris des destinations tout au moins inconnues. Le long des rails du marché d’Agbonou, on pouvait voir dans la journée, des hommes, femmes et enfants, nattes et bagages sur la tête se dirigeant vers des destinations indéfinies.

Il y avait une odeur nauséabonde quand on s’aventurait plus loin dans les quartiers comme Kéta, Nyekonakpoè, Lom-nava et ses environs. C’était surtout des corps en décomposition. Signe palpable de ce qu’il y a eu des affrontements meurtriers. Mais aussi et surtout des exécutions sommaires par les miliciens du R.P.T et des proches de M. Kouloum dans la maison blanche d’Abou kérim.

Combien d’Akouètè sont morts ce soir du 24 avril 2005 ? Combien d’Akouètè sont morts innocemment cette semaine-là ? Combien d’Akouètè sont morts à Lomé, à Aného, à Amlamé ? Combien ? Combien ? Combien ?

Le double visage de l’exécutif Togolais.
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Peu de temps après, une mélopée d’initiative ont été entrepris pour tenter de nouer les liens et de ressouder le tissu social fortement déchiré lors des élections présidentielles de 2005. Entre autre, la signature de l’Accord Politique Global (A.P.G), la communication d’une Politique de Paix et de Réconciliation Nationale, l’institution de la Commission Vérité Justice et Réconciliation (C.V.J.R), le discours historique d’Atakpamé où « Président fondateur, fils de Président fondateur le père, paix à son âme » déclarait « plus jamais ça sur la terre de nos aîeux »

Bien des années après, 10 ans bientôt jour pour jour des événements de 2005, ou 5 ans où certaines actions ont été entreprise, c’est selon, c’est une lapalissade qu’aucun effort concret n’a été fait pour réconcilier le peuple Togolais. C’est une lapalissade, une exactitude, une platitude que pendant 10 ans tout n’a été que du folchlore, du gâchis financier, des résidus de contention. Un divorce très prononcé entre la parole et les actes, une rupture flagrante entre les discours et les actions, une banalité, une obséquiosité et une servilité digne d’un manipulateur.

Oui, une flagornerie sinon une sournoiserie à laquelle se sont livré l’exécutif Togolais et son entourage.

Oui, une simulation sinon une dissimulation de ses véritables intentions pour n’avoir pas mis en œuvre les recommandations de l’A.P.G adoptées en 2006 par large consensus.

Oui, une imposture sinon une désinvolture pour n’avoir pas laissé les tribunaux Togolais instruire les 72 plaintes introduites par les victimes et leur parent des évènements de 2005 au coût cher de 25.000 F.C.F.A

Oui, une fourberie sinon une tartufferie pour n’avoir pas jusque-là pris en compte la décision de la Cour de Justice de la C.E.D.E.A.O en date du 13 Juillet 2013. Décision stipulant que : « l’État togolais a violé le droit des requérants à être jugés dans un délai raisonnable consacré par l’article 7.1 (d) de la Charte africaine des Droits de l’Homme et des peuples. »

Oui, une contrevérité sinon une malignité pour n’avoir pas appliqué les recommandations de la C.V.J.R.

Je ne suis pas de ces jeunes et cons, pour reprendre l’expression de mon tonton Yannick, que des hommes sans vision ont convaincu que le meilleur moyen de réaliser ses rêves, c’est de rêver petit et immédiat. Ces jeunes et cons à qui on a fait croire que le gain facile d’aujourd’hui était suffisant et qu’il ne fallait pas en demander plus. Ces jeunes et cons à qui on fait croire que construire les routes et les infrastructures dont nous avons été privés pendant deux décennies était le signe que le pays avançait, et que c’était une faveur que l’on nous faisait. Ces jeunes et cons dont on achète méthodiquement et systématiquement le silence.

Je finirais bien ce billet en disant que les discours s’envolent mais les réalisations restent. Et pour n’avoir pas reussi à entrer dans l’histoire avec la matérialisation de ses promesses, pour n’avoir pas concrétisé en deux quinquennats la majeure partie de ses engagements, pour n’avoir pas pu rendre justice à mon défunt ami Akouètè, les autres victimes et leur parents, pour avoir surfé sur la précieuse confiance d’une jeunesse qui croyait en lui, en son désir de rendre justice, d’assoir un véritable climat de paix et de réconciliation nationale, pour avoir raté tous ces coches, l’exécutif Togolais s’apparente aujourd’hui à une pièce de monnaie qui a deux faces mais surtout aucune valeur. Il a perdu toute crédibilité et toute véracité de ses paroles. Je ne lui ferai donc pas le plaisir d’être naïf et d’adhérer à un wait & see encore une fois.

Cette femme, Mme AGBODO Viviane qui a vu son Mari brûlé vif. Ces monsieurs, AKPAGLO Komlan laissé pour mort au bord de la lagune à 200 mètres de chez lui et AZIAGBEDE Kokou qui s’est vu éclaté au visage une bouteille de gaz lacrymogène à lui lancé par des militaires habillés en béret rouge. Pour ne citer que ceux-là… Et dire qu’à ces mêmes victimes on demande d’aller s’inscrire sur des listes électorales pour une énième élection présidentielle. Leur a-t-on donné la garantie que 2005 ne se reproduira plus ? Leur a-t-on assuré que ce discours « plus jamais ça sur la terre de nos aïeux » aura le retentissement qu’il faut ? Leur a-t-on donné à l’heure actuelle des raisons de croire en un Togo exempte d’un 2005 bis ?

Ce subterfuge, ce sauve-qui-peut, ce cabotinage auquel l’exécutif Togolais s’est livré ces 10 dernières années, j’en ai assez vu. Il est temps de changer d’acteurs pour suivre un nouveau cinéma.

Dites-lui que les dictions restent libres mais qu’en réalité, les faits sont plus sacrés sinon consacrés. N’en déplaise à son austère honneur. J’ai dit ! (MDB2015)

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